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Bibliographie victorienne

Bibliographie victorienne

Un grand monsieur a dit un jour (grand par les oeuvres, pour le reste je ne m’avance pas ^^) que l’on ne doit écrire que sur des sujets que l’on connaît vraiment. Je crois que c’était Jean-Christophe Grangé ou peut-être Bernard Werber. Cela ressemble à une Lapalissade, mais c’est un credo auquel j’adhère sans réserve. Lorsque j’étais en phase de conception de Vestiges, j’ai donc réalisé de nombreuses recherches pour m’approprier le monde du XIXème siècle.

Je vous livre ici mes sources les plus importantes en fonction des thèmes abordés pour vous donner une idée du travail préparatoire que peut demander l’écriture d’un roman.

Toutes les références de cet article concernent essentiellement le tome 1 de Vestiges et débordent allègrement sur les tomes 2 et 3 (notamment au sujet des zeppelins et des navires, peu représentés dans le tome 1). Bien d’autres recherches additionnelles ont été nécessaires pour construire l’intrigue et les scènes propres aux tomes 2 et 3. Il y est en effet question d’autres cités que Londres, mais j’y reviendrai plus tard pour éviter des spoilers trop prématurés 😉

Contexte historique

Vestiges est une uchronie dont le point d’inflexion se situe au milieu du XIXème siècle, époque où la Grande Conjonction a inondé le monde de magie et d’êtres mythologiques. A partir de là, l’Histoire a évolué différemment de celle qu’on connaît.

J’ai donc dû étudier tous les grands événements géopolitiques de ce siècle pour y intégrer mes propres événements et accoucher d’une timeline approximative. Pour cette partie Histoire, Internet fut mon ami. Et autant vous dire que dans une période aussi riche d’interactions sur toute la planète, il y a de quoi faire (guerres, pactes commerciaux, alliances. politiques, trahisons, etc…), chaque décennie rebattant incessamment les cartes pour un nouveau round de chaos planétaire.

Je ne m’étendrai pas sur le sujet car cette chronologie décrit des événements qui se déroulent dans le passé de mon récit. Ils ne servent pas de cadre pour des scènes mais uniquement de base cohérente sur laquelle bâtir mon univers et faire évoluer la société vers ce qu’elle est devenue plus d’un siècle après.

Vie quotidienne et société

Pour le récit en lui-même, j’avais besoin d’aller dans le détail de la vie quotidienne, quelle que soit la couche sociale, de l’humble famille ouvrière à la maison de maître, en passant par cette bonne vieille classe moyenne. Il me fallait des ambiances, des détails, des gestes quotidiens, des coutumes, des représentations visuelles. Bref, une immersion totale dans le monde victorien « normal » avant de pouvoir y greffer du fantastique et de voir ce que donnerait ce mélange improbable.

Pour cela je me suis majoritairement reposé sur les 3 livres que vous pouvez voir ci-contre :

  • Inside the victorian home, de Judith Flanders
  • Everyday life in regency and Victorian England, de Kristine Hughes
  • How to be a Victorian, de Ruth Goodman

Ce sont des mines d’or, émaillées de photos d’époque, de gravures et autres coupures de presse. Vous y trouverez même les tarifs moyens pour des tas de bien, de la bière jusqu’au manoir familial en passant par les salaires des domestiques. Ils sont tous écrits dans la langue de Shakespeare (même s’il parlait sûrement d’autres langues que l’anglais, l’animal…) mais restent très accessibles.

Au passage, je remercie ma Choupinette pour ce beau cadeau qui m’a été fort utile ! 😘

Je ne peux que vous les conseiller si vous vous intéressez à cette période historique extrêmement riche, que ce soit pour y faire évoluer des personnages ou par simple curiosité. Il en existe bien d’autres, évidemment, mais je n’ai pas jugé utile d’aller plus loin pour mes recherches. J’avais déjà une excellente base de travail pour retranscrire le monde du XIXème siècle (sachant que ma version est tout de même uchronique et passablement fantastique).

Et bien sûr, impossible de parler recherches sur l’époque victorienne sans évoquer le travail d’investigation remarquable de Lise Antunes Simoes, autrice passionnée par le sujet, qui a décidément le don pour déterrer des pratiques rigolotes, des mœurs absurdes et autres bizarreries de la culture de l’époque, et les traiter exhaustivement ! Ses articles de blog m’ont pas mal nourri d’ambiance, de faits de société et autres anecdotes (et m’ont bien fait sourire au passage, ce qui n’enlève rien au plaisir). Merci encore, Lise 😉

Vogue la galère

Mon histoire met en scène à plusieurs reprises la navigation à travers ces aéronefs démesurés que sont les zeppelins (tomes 2 et 3), et même un gros baleiner à vapeur vieillissant (tome 3).

Les deux environnements sont très semblables, aussi pour la vie à bord et quelques aspects techniques, je me suis inspiré largement des sources d’époque, dont je me dois de citer le fameux Dangerous Work, écrit autobiographique de Sir Arthur Conan Doyle sur sa vie à bord d’un énorme baleiner à vapeur lors de ses jeunes années.

Cet ouvrage plutôt méconnu contient la transcription ainsi que le facsimilé du journal tenu par Sir Doyle au cours de son périple, avec tous ses croquis et illustrations. Rien que pour la collection ça vaut le coup, mais en termes d’immersion et d’anecdotes sur la vie à bord, c’est savoureux.

Sur un plan plus technique, les zeppelins ont leur propre mécanique pour laquelle j’ai également fait quelques recherches et étudié toute l’histoire de ces gros véhicules à travers quelques sites Internet tels que celui-ci : https://www.lavionnaire.fr/AerostatDirig.php.

Bastons & canassons

On écrit sur ce qu’on connaît, et pour certains sujets il se trouve que mon expérience personnelle m’a été utile immédiatement !

Notamment, la pratique de l’équitation m’a aidé à écrire les scènes équestres et à les rendre crédibles. Cela tient à des détails, mais c’est dans les détails que réside l’immersion. Ci-contre je pique un petit galop sur la plage 😉

Dans un autre registre, mes années d’arts martiaux japonais et surtout chinois (merci sifu Lapeyrie, tu m’as appris à bouger !), ainsi qu’une riche année d’escrime de spectacle avec Eric Chatanay de la Compagnie d’Armes de Lyon, m’ont donné de la matière pour imaginer des combats à la fois dynamiques, cinématographiques, et réalistes, même en y mêlant un peu de magie. Et il y en a… un certain nombre jusqu’à la fin de la saga !

Ci-dessous quelques unes de mes armes d’entraînement, une rapière et un dao chinois :

Ca tombe bien, épées et cavaliers sont des éléments narratifs tout indiqués pour des romans d’aventure. Et je ne me prive pas d’en saupoudrer un peu partout entre les pages !

Attention, il ne s’agit pas d’insérer dans une histoire tout ce qu’on aime ou qu’on maîtrise bien pour le simple plaisir d’en parler. Il faut tout de même que ça desserve l’intrigue. Si c’est gratuit, ça se verra.

Mythologies

Vestiges regorge de créatures et de références mythologiques directement issues des folklores de notre monde. Je n’en étais pas à mon coup d’essai en la matière. 30 ans de jeux de rôles et de littérature de l’imaginaire m’ont nourri, pour ne pas dire imprégné, de ces sujets. J’aurais pu réinventer des concepts, comme Tolkien a créé ses Elfes à partir des Alves Blancs de la mythologie nordique, mais dans Vestiges il était important pour l’histoire de coller au plus près de nos mythes. A moins que vous n’ayez déjà deviné pourquoi à la lecture du tome 1, vous saurez pourquoi a la fin du tome 3.

Bref, si j’avais déjà une bonne culture mythologique, j’ai tout de même eu pas mal de travail préliminaire. En effet les croyances évoluent comme les langues, elles se nourrissent les unes des autres au gré des acculturations et des amalgames, et varient au fil des siècles selon les usages et les mœurs. Par exemple, selon les époques et les cultures, on pourrait ranger dans la même catégorie : Succubes, Elfes, Nymphes et Fées, toutes affiliées au peuple féérique (voire démoniaque) et parfois totalement interchangeables en termes de pouvoirs ou de personnalités. J’ai volontairement séparé ces peuples en conservant les Succubes démoniaques des judéo-chrétiens, des Elfes résolument scandinaves, des Nymphes grecques et des Fées celtiques. C’est plus simple à gérer et plus facile à appréhender à la lecture si les personnages sont bien typés. Et surtout cela se justifiait totalement dans l’histoire…

Pour compléter mes connaissances en la matière, je me suis reposé sur Wikipedia, car cela me suffisait comme complément d’infos. Mais il est évident que des sources plus sérieuses et plus complètes auraient été de mise pour un néophyte.

Plans et cartes

L’histoire du tome 1, et une bonne partie de celles des deux tomes suivants, se déroule dans les rues et les bâtiments de Londres, mais pas celui que l’on connaît aujourd’hui : un Londres qui a évolué différemment depuis l’époque victorienne, sans les aménagement modernes. Pas d’électricité, plus de trains, et des bâtiments historiques sans leur annexes récentes.

Pour imaginer ce que cette grande cité aurait pu devenir dans mon univers, il fallait que je reparte de références d’époque :

  • Des photos et plans des différents lieux que je réutilise. Pèle mêle :
    • le London Opera House,
    • Buckingam Palace,
    • la Clock Tower (Big Ben),
    • l’Eglise St Georges de Southwark,
    • la London Tower,
    • Hyde Park,
    • King’s Park,
    • et bien d’autres encore.
  • La carte de Londres des environs de 1850 avec son découpage administratif d’époque dont vous retrouverez une partie dans mon histoire.

J’ai utilisé en grande partie Wikipedia mais également des archives nationales de photos historiques, et des sites plus spécialisés, par exemple la carte interactive Charles Booth du Londres victorien, qui met en relief la démographie et les classes sociales quartier par quartier, superposée à la carte moderne : https://booth.lse.ac.uk/map/15/-0.1413/51.5130/100/0

Pour vous donner une idée, voici une toute petite sélection d’images que j’ai archivées au fil de mes recherches :

Autres sujets

Pour des sujets plus spécifiques, je me suis tourné une nouvelle fois vers Internet, souvent Wikipedia, parfois des sites plus ciblés Histoire, notamment pour :

  • les procédures de police,
  • les technologies (photographie, armes à feu, gaz de ville, train souterrain, égouts et traitement des eaux usées, zeppelins, moteurs à vapeur, etc…),
  • les métiers de l’époque,
  • le soufflage du verre, qui m’a inspiré pour le soufflage de l’onirite (matériau imaginaire et surnaturel),
  • les ordres de chevalerie britanniques,
  • l’aristocratie britannique,
  • les sociétés secrètes,
  • les connaissances et pratiques médicales,
  • la mode,
  • la London University,
  • etc…

Conclusion ?

Si, du haut de ma courte expérience littéraire, j’avais un conseil à dispenser aux auteurs en herbe, ce serait le suivant : ne limitez pas le cadre de l’histoire aux seuls éléments narratifs qui y apparaissent. Prenez du recul et imaginez une vue d’ensemble, considérez tous les lieux et les événements qui lui sont directement liés, mais aussi ceux qu’on peut entrapercevoir entre les lignes, et aussi, et surtout, tout ce qui se situe encore un cran au-delà. En effet, même si un élément n’est pas directement impliqué dans votre histoire, le connaître et le garder en mémoire va nourrir votre écriture et donner de la profondeur à votre cadre. Ce qui ne va pas construire l’intrigue pourra servir à forger l’ambiance, à laisser entrevoir au lecteur qu’au-delà de l’histoire, il y a tout un monde qui vit.

Il peut s’agir du contexte historique en général, d’artistes à la mode à l’affiche sur les murs de la ville, de rumeurs sur les tribulations de la comtesse Trucmuche, de la pénurie de saucisson au Beaufort qui touche les quartiers nord depuis 6 mois (une tragédie)… Ne soyez donc pas avares de recherches et de description de votre cadre, car même si 80% ne seront probablement pas exploités dans votre livre, ils auront donné aux 20% restant une saveur d’une richesse incomparable, propre à immerger le lecteur, à le faire voyager. C’est presque une évidence pour un monde imaginaire comme celui de Vestiges, mais c’est à mon humble avis tout aussi vrai pour une histoire contemporaine.

Rêvez bien !


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Une réponse à « Bibliographie victorienne »

  1. Avatar de jamyriahdunderman83

    wow!! 38Vestiges : la secte des Traqueurs

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Bienvenue !

Auteur de romans de fantasy victorienne, je parle ici de mes livres, de leurs personnages et lieux emblématiques, et de tout ce qui a pu inspirer ou participer à leur naissance.

Mes livres

Vestiges – T1 : Conspirations

Vestiges – T2 : Le Collectionneur

Vestiges – T3 : Apocalypses